Analyse linéaire de Colette, Sido P61 - “Je la chante”

Analyse linéaire de Colette, Sido P61 - “Je la chante”

Problématique : Comment Colette dresse-t-elle le portrait d’une mère habitée par la liberté et la contemplation de la nature dont elle semble faire partie?

 

Mouvement 1 : Le regard de Sido sur la nature

 

“chante” -> Verbe qui rappelle la poésie -> Sido apparaît comme une oeuvre d’art, comme la muse de Colette -> être qui mérite, qui doit être célébré

 

“clarté originelle” -> Expression qui rapproche Sido de l’image d’une divinité -> marque l’unicité de ce personnage et l’idéalisation qu’en fait Colette

 

Personnification de l’Ouest -> Revient à plusieurs reprises dans le roman -> Ici la personnification montre l’importance de la nature pour Colette et sa mère + proximité marquée entre cette nature toute puissante et la mère et sa fille -> expression “notre voisin” -> Absence d’opposition entre les deux femmes et l’environnement qui les entoure -> semblent en faire partie

 

Oxymore “passionnément immobile” -> Immobilité normalement associée à une forme d’ennui, de lassitude -> Sido trouve dans cette posture contemplative une source de joie, d’intensité

 

“La tête à la rencontre du ciel d’où elle bannissait les religions humaines” -> Rapprochement explicite entre Sido et la nature -> nom “rencontre” marque le lien qui unit les deux entités -> Sido communique avec la nature et comprend son langage -> image d’une femme en marge de la société humaine -> “bannissait les religions humaines” -> accentue cette idée de marginalité -> Sido semble se dresser contre la vie menée par ses semblables de manière active et non seulement passive comme le laissait entrevoir le texte précédemment.

 

Mouvement 2 : La nature, un espace d’évasion pour Sido

 

“Chut!” -> Contemplation de Sido qui ne souhaite pas être interrompue dans sa rêverie

 

“Regarde” -> Sido invite sa fille à faire comme elle, à contempler la nature -> devient une sorte de quête initiatique pour Colette

 

Juxtaposition de propositions pour décrire le merle -> éveil des sens + écriture poétique -> marque l’émerveillement de Colette devant cet oiseau qui pourrait paraître banal -> en fait un objet d’écriture -> similarité entre Colette et Sido

 

“Qu’il est beau!...” -> Tournure qui marque l’admiration de Sido pour cette nature qui se dresse devant ses yeux -> points de suspension laissent l’exclamation en suspens, comme si celle-ci flottait dans l’atmosphère + verbe “chuchotait” -> Discrétion de Sido face à cette nature-> semble vouloir la protéger, la respecte profondément 

 

Enchaînement de questions rhétoriques commençant par la conjonction de coor. “Et”-> marque la curiosité de Sido qui semble être comme une enfant qui découvre pour la première fois le spectacle qui se dresse devant ses yeux

 

Répétition du verbes “tu vois” + “Remarque bien” (impératif) -> Volonté d’enseigner à sa fille, de lui apprendre à observer la nature -> Comme un rituel de passage, acquis qu’elle doit avoir pour pouvoir vivre -> Sido est pour Colette une enseignante qui lui transmet une vision de la vie au-delà de son simple rôle de mère

 

Opposition apparaît entre Colette et sa mère avec la répétition de la conjonction de coordination “mais” -> Colette souhaite agir (enlever l’épouvantail) tandis que Sido préfère continuer d’observer -> cette dernière prend le dessus -> nécessité de contempler la nature telle qu’elle est, de ne pas venir interrompre le spectacle qui se dresse sous leurs yeux.

 

Les répliques de Sido se terminent par des points de suspension -> marquent la contemplation, l’observation intense de Sido qui semble absorbée dans une autre dimension qui échappe au commun des mortels

 

“ramena sur la terre ses yeux couleur de pluie” -> les yeux de Sido se sont imprégnés du ciel qu’elle a observé -> insiste sur la perception de Colette qui voit sa mère comme un être à part qui fait partie intégrante de la nature + retour à la réalité au monde humain pour Sido-> forme de rupture de la liaison qu’avait mise en place Colette entre sa mère et le ciel

 

l642 -> reprise du dialogue par la répétition des derniers mots de Colettes sous forme d’interrogation -> Montre que Sido était en pleine rêverie, n’écoutait pas vraiment ce que sa fille lui disait + affirmation laissée en suspens -> retour à la rêverie -> insiste sur cette impression de Colette que sa mère appartenait à un monde différent du sien 



Mouvement 3 : Le regard de Colette sur sa mère

 

“Dans ses yeux” -> Colette semble lire toutes les impressions qui l’habitent à propos de sa mère dans les yeux de cette dernière

 

“frénésie riante” ; “universel mépris” ; “dédain dansant” -> Liberté de sa mère qui est en marge -> image d’un personnage émancipé et libre de ses choix -> opposition avec le monde humain qui l’entoure

 

sub. rel. “qui me foulait avec tout le reste, allégrement” -> Colette s’inscrit dans le monde humain opposé à sa mère -> adv “allègrement” marque une certaine bienveillance vis à vis de sa fille ressentie par Colette + insiste de nouveau sur l’image d’une femme libre qu’à Colette de sa mère -> heureuse de s’opposer au monde -> c’est un choix de sa part et non une marginalité forcée

 

opposition entre “moment” et “moment unique” -> liberté de Sido est l’affaire d’une vie entière et non d’un moment précis -> l'événement raconté par Colette n’est qu’un exemple et symbolise l’intégralité de la relation qui la nouait à sa mère 

 

Passage au présent -> universalité du portrait de Sido qui malgré sa mort en 1912 reste une figure très présente dans l’esprit de sa fille -> “éclairs de son visage” -> comme si sa mère avait des illuminations -> moments au cours desquels se révèlent sa liberté -> toujours présents dans son regard, dans les expressions de son visage

 

“besoin d’échapper à tout et à tous” -> marque la nécessité presque animale pour Sido de se démarquer du monde qui l'entoure -> la liberté semble inscrite dans ses gènes

 

“loi écrite par elle seule, pour elle seule” -> insistance de Colette sur l’adjectif “seule” -> pour elle sa mère était un modèle unique de liberté et d’émancipation -> modèle d’une femme indépendante qui ne se souciait pas de l’image qu’elle pourrait avoir aux yeux des autres -> elle vivait pour elle-même 

 

“Retomba encore une fois” -> Rupture dans cet interlude -> retour à la vie quotidienne -> Sido = femme libre retenue par le poids du quotidien -> adjectif “lestée” -> verbe “redevenir” puis succession d’adjectifs qui reprennent les qualificatifs de la bonne épouse -> Poids des conventions sur les épaules de cette femme dont le seul désir profond était la liberté

 

“C’est vrai, les cerises” -> retour au dialogue et à la réalité nuancé par les points de suspension qui demeurent -> insiste sur cette opposition entre la nature libre de Sido et la femme humaine soumise à de nombreuses contraintes

 

“Le merle était parti” -> plus que parfait -> comme si le retour à la réalité avait entraîné la disparition de ce spectacle offert par la nature -> comme si celui-ci avait besoin de Sido pour exister 

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