Explication de la nouvelle La Chevelure de Maupassant

Explication de la nouvelle "La Chevelure" de Maupassant

 

Introduction :

 

Guy de Maupassant, maître incontesté de la nouvelle au XIXe siècle, s’est illustré dans de nombreux genres, mais c’est dans le fantastique qu’il déploie toute sa subtilité. Publiée en 1884, La Chevelure est une courte nouvelle qui plonge le lecteur dans un univers inquiétant, où le réel et l’imaginaire se confondent. À travers le récit d’un homme qui tombe amoureux d’une mèche de cheveux trouvée dans un vieux fauteuil, Maupassant interroge les limites de la raison et flirte avec le surnaturel. Le texte illustre parfaitement les caractéristiques du fantastique : il suscite le doute, perturbe nos certitudes et laisse la question de la folie ou du surnaturel irrésolue. On peut alors se demander si le personnage principal est simplement atteint de folie, ou bien s’il est victime d’une véritable possession démoniaque. C’est cette ambiguïté que nous nous proposons d’explorer.

 

 

La nouvelle La Chevelure de Guy de Maupassant s’inscrit parfaitement dans le genre fantastique. Comme le veut ce genre littéraire, elle laisse le lecteur dans l’incertitude : devons-nous croire au surnaturel ou à une explication rationnelle ? L’ambiguïté fondamentale du fantastique repose sur ce doute, et Maupassant, en maître du genre, entretient brillamment cette tension. Le personnage principal est-il simplement fou, comme semble le suggérer le médecin ? Ou bien est-il réellement victime d’une possession démoniaque, incarnée par la chevelure découverte dans le vieux fauteuil ?

Tout commence de manière réaliste : un homme de trente-deux ans, cultivé et ordinaire, mène une vie paisible. Mais l’irruption du fantastique se fait subtilement, à travers la scène de la brocante. Le fauteuil, véritable objet fétiche, exerce une étrange attraction sur lui. « Il fit quelques pas, puis revint, puis repartit, puis revint encore, hanté par ce fauteuil », raconte-t-il. Cet objet devient dès lors l’élément perturbateur du récit : il n’est pas choisi, il s’impose à lui, comme s’il avait une volonté propre. Cette personnification de l’objet est déjà un signe inquiétant.

La péripétie centrale survient lorsque le protagoniste découvre la chevelure à l’intérieur du meuble : une mèche « immense, magnifique, blonde, comme on n’en voit jamais ». Ce détail renforce le caractère surnaturel de la scène : la chevelure semble vivante, presque consciente, et attire irrésistiblement l’homme. L'attirance sensuelle qu’il ressent est décrite avec un langage presque amoureux : « Je la caressais, je l’embrassais, je la serrais contre ma poitrine, je l’aimais. » Ce vocabulaire, normalement réservé à une amante, confère à la chevelure une nature féminine et érotique.

On peut alors interpréter cette entité comme une figure du démon féminin, proche du succube, créature maléfique qui séduit les hommes pour les vider de leur force vitale. L’hypothèse est renforcée par la description médicale du personnage : il est qualifié d’« érotomane », c’est-à-dire obsédé par un amour imaginaire. Toutefois, l’intensité du récit, la sensualité presque charnelle de la chevelure, et l’impact qu’elle a sur le narrateur lui-même, sèment le doute : et si cette possession était réelle ?

Le moment où la chevelure s’enroule autour de lui comme un serpent est particulièrement symbolique : « Elle glissait, s’enroulait, montait comme un animal vivant sur mes bras, sur ma poitrine, sur mon cou. » Le serpent, traditionnellement associé au diable (comme dans la Genèse), renforce la dimension démoniaque de cette entité féminine. La chevelure n’est plus seulement un objet, elle devient une créature maléfique, un vecteur de possession.

 

On comprend dès lors que le personnage principal n’est pas seulement fou : sa folie peut être interprétée comme le résultat d’une véritable possession. L’ambiguïté du récit, renforcée par le point de vue du médecin (rationaliste) et celui du narrateur (plus empathique), laisse le lecteur suspendu entre explication pathologique et hypothèse surnaturelle.

Conclusion :

 

En entretenant volontairement l’ambiguïté entre folie et possession, Maupassant compose une œuvre profondément dérangeante et typiquement fantastique. La Chevelure joue sur la frontière floue entre le réel et l’irréel, entre la science et le mystère, entre le désir et la damnation. Le personnage principal, loin d’être un simple fou, semble victime d’une force qui le dépasse : une entité féminine, sensuelle et maléfique, à la manière d’un succube. Le lecteur, quant à lui, reste suspendu dans l’incertitude, pris au piège de cette chevelure envoûtante. Maupassant ne donne pas de réponse définitive : c’est cette hésitation même qui fait toute la puissance du récit et qui en fait un modèle du genre fantastique.

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Commentaires: 6
  • #1

    Monsieur X (vendredi, 01 janvier 2021 17:25)

    Bonjour et quel est le diagnostique du medecinn a la fin du récit

  • #2

    Lo (jeudi, 10 juin 2021 15:59)

    Il y en a pas

  • #3

    monsieur Y (jeudi, 06 janvier 2022 12:10)

    bonjour avez vous fait d'autre analyse sur les différentes histoires de Maupassant se trouvant dans le roman "le Horla et autres récits fantastiques" ? si oui les quels et pouvez vous me dire ou je peux accéder à ses analyses.

  • #4

    Jacques Bilonet (mercredi, 06 avril 2022 16:55)

    Quel est l'élément de résolution et la situation final de cette nouvelle?

  • #5

    Agent boulguiboulga (samedi, 09 avril 2022 17:39)

    quel est le thème fantastique de cette nouvelle?
    Pouvez vous me répondre assez vite s'il vous plaît?
    merci beaucoup

  • #6

    [email protected] (mardi, 21 février 2023 11:21)

    Ce n'est pas un fauteuil mais un "meuble avec portes et tiroirs . . .et un panneau secret. . ."
    Je vais enregistrer cette belle nouvelle pour mon petit-fils qui est en 4eme !