Manon éblouie par la richesse de GM, analyse linéaire
Analyse linéaire
De "Elle m’apprit alors tout ce qu'il était arrivé depuis qu’elle avait trouvé G… M…" à "qu’elle vous déchargerait d’un fardeau qui vous pesait sur les bras."
Dans cet extrait de Manon Lescaut, Des Grieux dresse un portrait complexe et ambigu de Manon. À travers le récit qu’il rapporte, elle apparaît d’abord éblouie par la richesse, puis stratège et calculatrice, jusqu’à prendre les traits d’une véritable manipulatrice. Cependant, ce portrait est filtré par le regard amoureux de Des Grieux, ce qui en renforce l’ambiguïté.
I. MANON ÉBLOUIE PAR LA RICHESSE (L.1-9)
Dans le premier mouvement, Manon semble fascinée par le luxe que lui offre G.M. Le champ lexical de la richesse domine : « la première princesse du monde », « dix mille livres », « bijoux », « collier », « bracelets de perles », « collation exquise », « carrosse », « chevaux », « magnificence ».
L’hyperbole « comme la première princesse du monde » souligne l’excès et le faste de la situation. L’accumulation des biens matériels donne une impression d’abondance presque vertigineuse. Manon elle-même reconnaît : « j’ai été frappée de cette magnificence ». Le verbe « frappée » traduit un choc, une séduction immédiate.
Des Grieux nous présente donc une jeune femme sensible au luxe, attirée par la sécurité matérielle. Elle apparaît vulnérable face à l’éclat de la richesse.
II. LE NOUVEAU PROJET DE MANON (L.9-15)
Cependant, très vite, l’admiration laisse place à la réflexion stratégique. Manon explique : « J’ai fait réflexion que ce serait dommage de nous priver tout d’un coup de tant de biens ». L’expression « j’ai fait réflexion » montre qu’elle calcule.
Elle envisage déjà de profiter de la situation : « une fortune toute faite pour vous et pour moi », « vivre agréablement aux dépens de G.M. ». L’expression « aux dépens de » révèle clairement une intention d’exploitation.
Elle affirme aussi : « je me suis mise dans la tête de le sonder sur votre sujet » et parle de « l’exécution de mon système ». Le mot « système » est particulièrement révélateur : il suggère une stratégie organisée, presque machiavélique.
Des Grieux nous montre donc une Manon capable d’élaborer un plan, lucide et opportuniste.
III. LE PORTRAIT D’UNE MANIPULATRICE (L.15-FIN)
Dans le dernier mouvement, Manon devient véritablement manipulatrice. Elle adapte son discours pour rassurer G.M. Elle prétend que Des Grieux n’est « pas naturel que je puisse vous haïr », tout en laissant entendre que leur amour est affaibli : « la date de notre amour était déjà ancienne », « se refroidir un peu ».
Elle va jusqu’à suggérer que sa perte « vous déchargerait d’un fardeau ». Cette formule est particulièrement cruelle : elle transforme l’amour passionné de Des Grieux en poids encombrant.
Manon se montre capable de mentir, de jouer sur les sentiments, et d’utiliser la parole comme un instrument. Elle flatte, dissimule, exagère. Elle maîtrise parfaitement l’art de la persuasion.
CONCLUSION
Des Grieux nous présente donc Manon comme une femme séduite par le luxe, intelligente et stratège, mais aussi manipulatrice. Toutefois, ce portrait est ambigu : il ne faut pas oublier qu’il est rapporté par Des Grieux lui-même, narrateur amoureux et jaloux.
Manon apparaît ainsi comme une héroïne à la fois victime de son goût du luxe et actrice consciente de ses intrigues. C’est précisément cette ambiguïté qui fait toute la richesse du personnage et qui explique qu’elle fascine autant le lecteur que Des Grieux lui-même.
On peut ici rapprocher Manon de Madame de Merteuil dans Les liaisons dangereuses de Laclos.

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