Analyse linéaire de Colette, Les Vrilles de la Vigne P252, La forêt de Crécy
Problématique : Comment la connexion de Sido à la nature prend-elle vie en Colette dans cette ôde poétique à la nature?
Mouvement 1 : l120-123 -> L’éveil du souvenir par la nature
“Première haleine de la forêt” -> début de la synesthésie + personnification attribution d’un trait humain à cette forêt haleine -> connexion établie dès le début du texte entre Colette et la nature
“mon coeur” -> usage de la première personne-> une action de la nature provoque une réaction chez Colette -> apparaissent comme deux entités liées et inséparables
“Un ancien moi-même” -> Autobiographie toujours présente mais éveillée, guidée par la nature -> les souvenirs, l’enfance de Colette entretiennent un lien intime avec la nature
Traits physiques donnés au souvenir -> “se dresse”, “tressaille”, “pointe les oreilles” -> Nostalgie, présence physique d’une sorte d’esprit de la nature -> semble être Sido -> connexion forte entre Colette et la nature qui l’entoure -> semble être habité du même lien avec cette dernière que sa mère
“boire le parfum” -> Toucher, goût, odorat -> mélange des sens -> entrée du texte dans un certain lyrisme -> transfert de l’autobiographie vers une écriture plus poétique qui se dresse comme ôde à la nature
Mouvement 2 : l124-155 -> La découverte sensorielle d’une nature merveilleuse
Colette met en place une atmosphère feutrée et paisible -> “le vent se meurt” (nouvelle personnification) + qualificatifs de l’air qui est “lourd” et “musqué” -> l’ambiance du village (avec ses allées couvertes) semble pesante -> nature = échappatoire
“Une vague molle de parfum” -> nouveau mélange des sens (toucher, odorat) -> attirance mystérieuse vers la nature symbolisée par “la fraise sauvage” -> forme de synecdoque qui représente la nature -> présentée comme un fruit sauvage et merveilleux -> Colette entoure cet environnement d’un certain mystère, comme si un voile de fumée flottait autour, empêchant le lecteur d’y accéder pleinement
Colette retrace le cycle de vie de cette fraise “mûrit”, “noircit”, “tremble, “tombe” -> impression d’une déesse de la nature qui ressent l’énergie transmise par cette fraise -> création d’une atmosphère presque onirique autour de ce fruit à priori banal -> accentué par le nom “secret” -> la nature en est un pour le commun des mortels mais pas pour l’écrivaine qui est dotée d’une sensibilité particulièrement développée
“suave pourriture framboisée” -> oxymore -> le nom “pourriture” (à connotation négative) est ici entouré de deux adjectifs mélioratifs “suave” et “framboisée” -> traduit la vision idéalisée qu’a Colette de la nature -> poursuite de l’éveil des sens
Énumération d’éléments naturels -> “chèvrefeuille”, “miel”, “champignons” -> le lecteur est emporté dans un flot de mots -> Création d’un rythme plus allongé -> rappelle les longues énumérations d’éléments naturels que l’on retrouve dans la poésie lyrique -> Colette ne parle plus d’elle (disparition de la première personne du singulier)
“ronde de champignons” -> la nature semble mise en mouvement -> mise en scène par Colette qui la voit avec des yeux particuliers capables de ressentir les énergies même invisibles qui se dégagent de la forêt
Ponctuation qui semble expressive -> deux reprises des points de suspension -> traduisent un flottement, comme si Colette se perdait dans ses pensées mais également une pause dans le rythme (comparable à un changement de strophe) qui permettent au lecteur de méditer la description sensorielle qui est dressée de la nature
Personnification des champignons -> “nés”, “tête” -> connexion particulière de Colette à ses êtres -> grande capacité d’observation à l’image de Sido -> capable de remarquer l’apparition d’éléments qui paraissent être de l'ordre du détail par rapport à la grandeur de la forêt -> Colette les anime et leur donne de la vie avec le verbe “soulever” -> pour la majorité les végétaux et champignons sont des êtres sans vie -> mais elle les comprend mieux -> Nouvelle caractéristique de la poésie lyrique (personnification de la nature)
Poursuite de la description des champignons grâce à une synesthésie sur les lignes 133 à 136
“Sous la futaie centenaire” -> la forêt semble maintenant se dresser comme un abri pour tous les petits êtres vivants décrits dans le paragraphe précédent mais également pour Colette qui semble y trouver un refuge loin du “soleil et des oiseaux”-> éléments qui symbolisent la lumière perçue comme agressive et le bruit (symbolisé par les oiseaux) du monde extérieur
“L’ombre impérieuse des chênes et des frênes” -> les arbres sont ici décrits comme des géants verts -> pour la première fois la nature semble dépasser Colette -> cette impression de grandeur renforce néanmoins l’ôde à la nature initiée par l’écrivaine -> beauté merveilleuse de la nature qui est au-dessus du règne humain -> nature mérite l’admiration des Hommes + “Un écho nous suit, inquiétant” -> Renforce cette idée de nature toute puissante par rapport à l’être humain
Apparition du pronom personnel “on” -> Colette s’inscrit dans le groupe des êtres humains -> forme de rupture de l’unité qu’elle semblait former avec la nature
Passage plus sombre de l’extrait où la nature apparaît comme une source de danger lorsqu’on s’y aventure trop profondément -> “on regrette le ramier la mésange” -> éléments de la nature qui sont présents en dehors de la forêt + adj “roux” et “lumineux” s’opposent à l’atmosphère plus sombre mise en place par Colette dans le paragraphe précédent
“Ici la forêt, ennemie de l’homme, l’écrase” -> cette phrase apparaît comme une maxime, un principe général -> L’écrivaine, par sa connexion privilégiée avec la nature est capable de la sonder, de détecter les endroits où celle-ci la dépasse -> se place en sage et savante connaisseuse de la nature -> conseillère, témoin privilégiée pour l’Homme
“Tout près de ma joue” -> retour à l’usage de la première personne du singulier -> changement d’échelle -> retour à une description plus minutieuse des petits êtres de la nature -> ici le “beau papillon” -> persistance d’une écrivaine omnisciente à propos de la nature -> “je sais le nom” + passage à l’emploi du futur -> Colette est capable de lire le futur de ce papillon
“Ce soir, au soleil couché, demain, à l’aube trempée, il ouvrira ses lourdes ailes” -> la beauté de la nature ne se révèle que le soir en l’absence de la présence humaine mais Colette, elle, en est un témoin privilégié => dernière phrase du texte “qu’un manteau neutre, durant le jour, dissimule”
Dernière description de l’émerveillement de Colette face à cette nature : comparaison du papillon à une “danseuse tournoyante” “ailes (...) éclatantes”

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