Analyse de On ne badine pas avec l'amour de Musset, acte I scène 3

Analyse de On ne badine pas avec l'amour de Musset, acte I scène 3

I) Le chœur et son rôle dans la scène

a) Le chœur comme détendeur de la sagesse populaire

Dans les tragédies antiques, le chœur joue un rôle essentiel en incarnant la sagesse populaire et en étant omniscient. Musset reprend cette tradition dans On ne badine pas avec l’amour, mais il l’adapte à un cadre plus léger et ironique. Ce groupe d'hommes, probablement issus du peuple, adopte un registre de langue courant : « Venez, mes amis, et asseyons-nous sous ce noyer. » Par son attitude et son langage, le chœur devient un élément caractéristique du drame romantique, fusionnant des éléments de la tragédie et de la comédie.

b) Le chœur comme narrateur ironique

Le chœur utilise l’ironie pour commenter la scène d’exposition, prévenant ainsi le spectateur du drame à venir sans l’opprimer immédiatement. Par exemple, lorsqu'il décrit Maître Bridaine et Maître Blazius comme des « formidables dîneurs », il met en lumière leur gourmandise et leur comportement excessif : « Deux formidables dîneurs sont en ce moment en présence au château, maître Bridaine et maître Blazius. » Cette ironie permet au spectateur de percevoir le caractère comique des personnages tout en pressentant les tensions futures.

II) La critique des personnages par le chœur

a) La double énonciation et la critique implicite

Le chœur utilise des questions rhétoriques pour s’adresser simultanément aux personnages et aux spectateurs : « N’avez-vous pas fait une remarque ? » Cette double énonciation lui permet de critiquer implicitement Maître Blazius et Maître Bridaine, les qualifiant de « sots » et soulignant leurs défauts communs : « sots », « également gros », « mêmes vices ». Le chœur fait preuve de son omniscience en connaissant les détails des relations entre les personnages : « il faut nécessairement qu’ils s’adorent ou qu’ils s’exècrent. »

b) L’ironie et l’humour dans les relations des personnages

Le chœur utilise également l’ironie pour décrire les relations entre Maître Blazius et Maître Bridaine de manière humoristique, les comparant à des amoureux : « Par la raison que les contraires s’attirent, qu’un homme grand et desséché aimera un homme petit et rond, que les blonds recherchent les bruns, et réciproquement. » Cette comparaison ironique apporte de l’humour et renforce le caractère comique de leur rivalité. Le chœur prophétise une lutte entre les deux, prévoyant des « escarmouches » et des tensions : « je prévois une lutte secrète entre le gouverneur et le curé. »

III) La fonction prophétique du chœur

a) L’oracle détourné

Musset reprend le thème de l’oracle en faisant parler le chœur par énigme, mais il détourne le modèle traditionnel en utilisant un langage familier : « Si le poisson est petit, comment faire ? et dans tous les cas une langue de carpe ne peut se partager, et une carpe ne peut avoir deux langues. » Cette prophétie en termes familiers dédramatise les prédictions du chœur, tout en préparant le spectateur aux conflits à venir.

b) La lutte entre les personnages

Le chœur anticipe les luttes entre les personnages, soulignant leurs relations instables et leurs valeurs conflictuelles. Par exemple, il note que Maître Bridaine semble tester Perdican : « Déjà maître Bridaine [...] semble mettre son élève à l’épreuve. » Cette observation souligne les tensions sous-jacentes et les rivalités qui animent les personnages. Le chœur renforce cette impression en répétant « Item » pour caricaturer davantage Maître Blazius et Maître Bridaine : « Item, ils sont aussi ignorants l’un que l’autre. Item, ils sont prêtres tous deux ; l’un se targuera de sa cure, l’autre se rengorgera de sa charge de gouverneur. »

IV) Le conflit et le ridicule des personnages

a) La rivalité et la colère

La rivalité entre Maître Blazius et Maître Bridaine est exacerbée par leur ressemblance et leur orgueil. Le champ lexical de la colère souligne cette rivalité : « joues enflammées », « yeux à fleur de tête », « secouer pleins de haine leurs triples mentons. » Cette description met en lumière la nature enfantine et ridicule de leur conflit, particulièrement visible lors du dîner : « Ils se regardent de la tête aux pieds, ils préludent par de légères escarmouches ; bientôt la guerre se déclare ; les cuistreries de toute espèce se croisent et s’échangent. »

b) Dame Pluche comme modérateur

Dame Pluche intervient pour calmer leur conflit, bien qu'elle soit elle-même tournée en ridicule par le chœur : « pour comble de malheur, entre les deux ivrognes s’agite Dame Pluche. » Cette intervention souligne non seulement le caractère ridicule de Maître Blazius et Maître Bridaine, mais aussi celui de Dame Pluche, qui devient un personnage comique malgré elle.

Conclusion

Dans cette scène, Musset utilise le chœur pour introduire un commentaire ironique et humoristique sur les personnages et leurs relations. En combinant des éléments de la tragédie et de la comédie, le chœur prépare le spectateur aux tensions à venir tout en le divertissant. La critique des personnages par le chœur, l’utilisation de l’ironie et de l’humour, ainsi que les observations prophétiques contribuent à créer une atmosphère complexe où le drame et la comédie se rencontrent. Cette scène d’exposition, par ses observations perspicaces et son ton ironique, annonce les enjeux de la pièce et prépare le spectateur à une exploration approfondie des relations humaines et des conflits qui en découlent.

Écrire commentaire

Commentaires: 0