Analyse de Manon Lescaut, Des Grieux et Tiberge, le libertinage contre la vertu

Analyse de Manon Lescaut, Des Grieux et Tiberge, le libertinage contre la vertu

Quelles conceptions de l’amour s’opposent ? Comment l’abbé Prévost oppose-t-il la vertu au libertinage ?

I) Une controverse entre amis

Le chevalier Des Grieux éprouve une profonde amitié pour Tiberge et lui ouvre son cœur. Tiberge est inquiet et attentionné envers son ami, il est venu prendre de ses nouvelles (“Il voulut être informé de mes dispositions”), voir si tout allait bien. En revanche, Des Grieux trahit cette confiance en lui cachant ses futures intentions : “Je lui ouvris mon cœur sans réserve, excepté sur le dessein de ma fuite”. Ce mensonge montre que Des Grieux n’est même plus vrai envers lui-même : il a perdu le sens de la vérité. Il est prisonnier de sa passion qui lui embrume l’esprit comme le montre le champ lexical de l’illusion: “ s’enivraient du faux bonheur du vice”, “dupes de l’apparence”, “des images de bonheur”. 

II) Le libertinage ou la vertu

Le discours de Des Grieux est très argumenté, comme s' il était préparé d'avance, ce qui manque de sincérité. En utilisant le registre pathétique, il se fait passer pour une victime (“Tiberge, repris-je, qu’il vous est aisé de vaincre, lorsqu’on n’oppose rien à vos armes ! Laissez-moi raisonner à mon tour. Pouvez-vous prétendre que ce que vous appelez le bonheur de la vertu soit exempt de peines, de traverses et d’inquiétudes ? ”). La vision du bonheur de Des Grieux est celle du plaisir paresseux et confortable du libertinage. Aux yeux de Tiberge, cette vision est totalement blasphématoire car Des Grieux renie entièrement la religion car il la juge trop difficile. Il compare la croix a de la torture et a de la tyrannie. Il rejette l’amour et le sacrifice de Jésus pour celui de Manon. “Quel nom donnerez-vous à la prison, aux croix, aux supplices et aux tortures des tyrans ? Direz-vous, comme font les mystiques, que ce qui tourmente le corps est un bonheur pour l’âme ?” Il préfère choisir une vie facile de débauche et de passion à une vie plus honorable mais plus rude. 

III) Les dangers de la passion

Le chevalier Des Grieux est prisonnier de sa propre passion car il est faible et soumis à Manon qu’il adore et considère comme une déesse. Manon a remplacé Dieu dans son cœur et il ne peut s’en défaire : “mais l’action est-elle en mon pouvoir ? De quels secours n’aurais-je pas besoin pour oublier les charmes de Manon ? ”

Il essaie même de convaincre Tiberge de sa propre faiblesse afin qu’il compatisse avec sa situation. Il ne cherche pas à changer de vie car il juge qu’il ne peut se défaire de son amour pour Manon qui est pour lui une fatalité tragique : “O cher ami ! lui répondis-je, c’est ici que je reconnais ma misère et ma faiblesse. Hélas ! oui, c’est mon devoir d’agir comme je raisonne ! mais l’action est-elle en mon pouvoir ?”

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