Analyse de la Fable de La Fontaine Le philosophe Scythe

Analyse de la Fable de La Fontaine Le philosophe Scythe

Introduction

 

La fable "Le Philosophe Scythe" de Jean de La Fontaine, dédiée au Duc de Bourgogne, explore la conception du bonheur à travers le prisme des philosophies antiques, notamment le stoïcisme et l'épicurisme. La Fontaine, admirateur de l'Antiquité, s'inspire des fabulistes tels qu'Ésope ou Phèdre pour créer une œuvre où deux personnages aux philosophies de vie opposées se rencontrent dans un apologue conclu par une morale concise.

 

I. Le récit d’une rencontre

 

1. Deux personnages de nature opposée

 

La Fontaine met en scène un philosophe scythe, représenté dès le premier vers, et un sage grec. Le philosophe est associé à la Scythie, terre austère et sauvage, tandis que le sage est lié à la Grèce, symbole de lumière et de sagesse. Cette opposition est renforcée par la métonymie, où les caractéristiques des régions sont transposées aux personnages. Ainsi, le philosophe est décrit comme austère, en contraste avec le sage, égalant les rois en sagesse.

 

2. Des comportements opposés

 

L'opposition entre les deux personnages est accentuée par leurs actions. Le sage, dans un contexte édénique, est heureux et serein, se livrant à des activités agréables telles que l'ébranchage et l'émondage. En revanche, le philosophe, dans une démarche antithétique, est associé à des actions évoquant la mort et la destruction, avec des sonorités cassantes comme "coupe", "taille", "tronque". Cette différence souligne l'absence de discernement du philosophe, qui applique de manière systématique et dogmatique les conseils du sage.

 

3. Un récit court et vivant

 

La Fontaine construit son récit comme une comédie, avec une évolution spatiale et temporelle dans un contexte généralisé. Le sage est présenté à l'imparfait, marquant une pause dans l'action. Le dialogue qui s'ensuit expose deux points de vue opposés, l'un orienté vers la vie, l'autre vers la mort. Ce contraste est renforcé par la structure narrative, qui met en exergue le jeu d'oppositions entre les deux conceptions de la vie.

 

II. La double conception de la vie et du bonheur

 

1. Des références culturelles et philosophiques claires

 

Le philosophe, stoïcien, incarne l'austérité et la violence, détruisant les plaisirs et agréments de la vie. Le sage, quant à lui, est un épicurien qui savoure les plaisirs de la vie, illustré par son amour du jardinage.

 

2. Deux conceptions antagonistes

 

La conception épicurienne est caractérisée par la satisfaction tranquille et un souci esthétique, tandis que la conception stoïcienne du philosophe est dogmatique, intransigeante, et marquée par la violence et la démesure. Cette opposition met en lumière l'absence de sensibilité chez le philosophe.

 

III. La leçon de la fable

 

1. Des choix personnels visibles

 

La Fontaine utilise un vocabulaire positif pour le sage et péjoratif pour le philosophe, orientant ainsi le lecteur en faveur du sage. Le sage est présenté comme un homme mesuré, comparé aux rois et aux dieux, reflétant la plénitude.

 

2. Une prise de position personnelle

 

La Fontaine exprime indirectement son point de vue, critiquant le comportement du philosophe par une gradation négative croissante. Il suggère que suivre les épicuriens est préférable, car la suppression systématique des désirs mène à une mort prématurée.

 

Conclusion

 

"Le Philosophe Scythe" est un récit allégorique où deux conceptions de la vie et du bonheur s'affrontent. La Fontaine guide le lecteur vers la morale épicurienne, préconisant une approche de la vie fondée sur le plaisir et le désir, en opposition à l'intransigeance des stoïciens. Ainsi, il rejoint Molière dans la célébration d'un art de vivre agréable et humain.

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