Analyse de Green de Verlaine

Analyse de Green de Verlaine

Introduction

 

Paul Verlaine, figure emblématique du symbolisme français, offre dans son recueil "Romances sans paroles" une poésie d'une grande sensibilité, où la forme brève et la musicalité des vers jouent un rôle prépondérant. "Green", l'un des poèmes de ce recueil, se compose de trois quatrains d'alexandrins aux rimes croisées. Ce poème exprime avec une intensité particulière le désir d'aimer et d'être aimé, sur un ton élégiaque qui mêle douleur et tristesse. Nous allons explorer comment "Green" se présente comme une élégie amoureuse, tout en analysant le rôle symbolique et métaphorique de la nature, qui semble refléter l'état d'âme du poète.

 

I. Elégie Amoureuse

 

1. Le sentiment amoureux exprimé avec intensité

 

Dans "Green", le sentiment amoureux est exprimé avec une intensité remarquable. Verlaine utilise la métonymie "mon cœur" pour symboliser le don total de soi à la femme aimée, illustré également par le bouquet et l'expression "humble présent". Ce don s'inscrit dans une tradition d'amour courtois, où le poète se place dans une position de soumission et de dépendance, marquée par l'emploi du vouvoiement et l'expression d'un abandon total ("laissez rouler ma tête"). Cette soumission s'accompagne d'un effacement de soi, où le poète exprime le désir de ne pas déranger, soulignant sa fragilité et sa vulnérabilité.

 

2. Expression du désir amoureux

 

Le désir amoureux chez Verlaine est à la fois charnel et émotionnel. Il manifeste un désir d'intimité charnelle à travers des images telles que "jeune sein" et "yeux si beaux", et place les mots féminins en valeur. Parallèlement, il exprime un désir profond d'être aimé, traduit par l'évolution constante de l'être aimé et l'utilisation d'impératifs ("souffrez", "laissez").

 

3. Désir de tendresse, protection et paix

 

Le poème évoque également un désir de tendresse et de protection, avec des images maternelles comme "jeune sein", rappelant la Pietà où le Christ repose aux pieds de la Vierge. La douceur est une constante, soulignée par l'allitération en ‘s’ et la place privilégiée du mot "doux". Le sentiment de lassitude et le désir de repos transparaissent à travers l'allitération en ‘p’ et le champ lexical du repos, avec une polysémie du mot "rêve" qui évoque à la fois l'imagination et le sommeil.

 

4. Angoisse d’un refus, d’une attente déçue

 

Verlaine exprime l'angoisse d'un refus ou d'une attente déçue. Il redoute la cruauté de la jeune femme ("ne le déchirez pas"), et la relation est marquée par un ton plaintif et une imploration ("souffrez que", "laissez-là"). La métaphore de la tempête suggère des difficultés dans la relation, évoquant des orages comme métaphore de querelles ou disputes passées. Les moments de bonheur apparaissent fragiles et éphémères ("instants", "rêves", "un peu"), ne laissant pas entrevoir un bonheur durable.

 

II. Le rôle symbolique de la nature dans le poème

 

1. Marche dans la nature pour cueillir un bouquet

 

La marche rapide dans la nature pour cueillir un bouquet est évoquée par un rythme soutenu (hémistiches, rythme binaire) et l'emploi de nombreux monosyllabes qui reproduisent les pas. La composition du bouquet est décrite avec un effet d'accumulation, soulignant son abondance.

 

2. L’eau et l’air : éléments dominants

 

L'air et l'eau sont des éléments dominants dans le poème. L'air est associé à la fraîcheur et à un rythme haletant, marqué par de nombreuses pauses et monosyllabes, comme si le poète était essoufflé. Le retour au calme dans le dernier quatrain est souligné par un enjambement, créant une continuité. L'eau, avec "rosée", rime avec "reposée", évoquant des sonorités douces et une association avec le repos.

 

3. Nature représentée avec la technique impressionniste de l’aquarelle

 

La nature est représentée avec une technique rappelant l'impressionnisme, à travers des sensations positives et visuelles : la lumière ("blanche", "rosée") et la couleur ("rosée", "Green"). Les sensations auditives sont également présentes, avec l'emploi du terme "sonore".

 

Conclusion

 

"Green" de Paul Verlaine est un poème empreint d'une émotion contenue et d'une grande douceur. À l'instar de Louise Labé, Verlaine entremêle amour et souffrance, mais contrairement à elle, il semble dissimuler son tourment amoureux derrière la douceur de ses vers. Ce poème illustre parfaitement la complexité de l'expérience amoureuse, où la souffrance est indissociable du désir et de la tendresse, et où la nature sert de toile de fond symbolique et métaphorique à cet état d'âme tourmenté.

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