Analyse de Ma Bohème de Rimbaud dans Les Cahiers de Douai

Analyse de Ma Bohème de Rimbaud dans Les Cahiers de Douai

Problématique : en quoi ce poème fantaisiste joue-t-il avec les codes de la poésie romantique ?


Mouvement 1 : vers 1 à 4 – Un poète vagabond

Ce sonnet autobiographique retrace l’errance d’un jeune poète, à la fois réelle et rêvée. Rimbaud, adolescent fugueur, évoque son passé avec l’imparfait (« j’allais, je m’en allais »), temps de la durée et de la répétition, qui installe l’image d’une marche sans but. L’errance devient une « fantaisie », comme l’indique le sous-titre, c’est-à-dire une rêverie libre et joyeuse. Il n’y a pas de destination, seulement le mouvement : « sous le ciel, le poing dans mon collet », formulation désarticulée qui mime une marche désinvolte.

Le poète se présente comme pauvre mais heureux. Il a « les poches crevées », un manteau « idéal », c’est-à-dire à la fois rêvé et usé. Cette pauvreté est valorisée, non comme une misère, mais comme un rejet volontaire des normes sociales, notamment bourgeoises. Elle devient une forme de liberté revendiquée.

Comme dans la poésie romantique, le poète invoque la Muse, divinité inspiratrice : « Ô Muse ». Mais ici encore, Rimbaud détourne le code traditionnel : il semble ironiser sur l’exaltation lyrique du romantisme. L’exclamation « Oh ! là ! là ! » au vers 4 brise le rythme du vers classique et marque une rupture comique, presque enfantine, qui ridiculise l’élan lyrique. Le vers devient chaotique, irrégulier, à l’image du chemin du poète.


Mouvement 2 : vers 5 à 8 – Un « Petit Poucet rêveur »

Le poète se compare à un « Petit Poucet rêveur », image tirée du conte, qui symbolise l’enfance, la solitude et la ruse. Mais au lieu de semer des cailloux, il sème des rimes : « je semais des rimes. » Ce rejet en fin de vers valorise la création poétique. Rimbaud donne ainsi une nouvelle mission au poète : faire poésie de tout, même du chemin.

L’univers du conte s’élargit à une dimension cosmique : il dort à la belle étoile, « mon auberge était à la Grande Ourse ». Les étoiles deviennent vivantes : elles bruissent doucement, « faisaient le doux frou-frou », comme des personnages de conte. Cette onomatopée enfantine, au registre familier, surprend dans un poème : elle transgresse les règles de la poésie traditionnelle, notamment celles du romantisme, plus solennelles.

Le poète s’autorise une fantaisie ludique, en mélangeant les registres, les styles, les références. Il revendique une liberté formelle, poétique et existentielle.


Mouvement 3 : vers 9 à 11 – Une communion avec la nature

Le poète atteint une forme d’extase poétique, de communion avec le monde. Il est « assis au bord des routes », position marginale qui lui permet d’écouter les étoiles et de s’ouvrir au monde sensible. Ce lien avec la nature est renforcé par l’évocation de la rosée : ses « gouttes » procurent une ivresse douce, comparable à celle du vin : « le vin de vigueur ». Cette métaphore donne à la nature un pouvoir nourricier, spirituel et poétique.

Les sensations sont variées : toucher (« rosée »), goût (« vin »), odorat (« les bons soirs »). On retrouve ici les correspondances baudelairiennes : la nature parle au poète à travers les sens. Le mois de septembre, lié aux vendanges, évoque la maturité, la récolte, mais aussi la liberté de l’errance, dans une ambiance d’arrière-saison.

Rimbaud donne à son errance une signification plus large : l’expérience du bonheur poétique à travers la fusion avec la nature.


Mouvement 4 : vers 12 à 14 – Le bonheur de la création poétique

Le poème s’achève sur la transfiguration du réel : les objets deviennent poétiques. Le soir « faisait descendre » des « ombres fantastiques » : la nuit devient source d’imagination, de mystère. Le monde réel est traversé par une sensibilité onirique.

Mais Rimbaud termine sur un ton ironique et burlesque : ses « souliers » deviennent des « lyres », instrument du poète antique, symbole de l’inspiration… attachées par des « élastiques ». Il juxtapose ici le noble (la lyre) et le trivial (les élastiques), moquant les clichés du lyrisme romantique.

Le dernier vers joue sur une ambiguïté savoureuse : « Pieds blessés, cœur blessé ». Le mot « pieds » peut désigner les pieds du marcheur ou les pieds poétiques (unités de mesure en vers latin). La blessure physique devient blessure du cœur, le chemin de l’errance devient chemin de poésie, semé d’embûches et de douleur.


Conclusion :

 

Dans « Ma Bohème », Rimbaud s’inscrit dans la tradition romantique par son exaltation de la nature, de la liberté et de l’inspiration poétique. Mais il en détourne les codes par son ton fantaisiste, ironique et moderne. À travers une forme souple et un lexique inattendu, il affirme une nouvelle manière d’être poète : libre, enfantin, rebelle. Ce sonnet, loin d’un idéal figé, célèbre la poésie comme aventure, errance et jeu.


Introduction

 

"Ma Bohème" d'Arthur Rimbaud, écrit à l'âge de 16 ans, est un poème qui reflète la jeunesse insouciante et l'esprit rebelle du poète. Ce sonnet, à la fois léger et traditionnel, illustre les fugues de Rimbaud, marquées par un désir de fuir un environnement étouffant et le conformisme. Extrait du recueil "Poésies", ce poème est imprégné de fantaisie et d'une soif de liberté, caractéristiques des errances adolescentes de Rimbaud.

 

I. Images du voyage

 

1. Le titre "Ma Bohème" évoque un voyage sans itinéraire fixe, une errance guidée par le hasard et la fantaisie. Ce titre laisse présager une aventure libre et non structurée, typique de l'esprit bohème.

 

2. L'expression du déplacement est marquée par des verbes tels que "Je m'en allais", utilisés sans précision de lieu, et conjugués à l'imparfait pour souligner leur durée. Bien que certains lieux soient mentionnés ("sous le ciel", "mon auberge", "au bord des routes"), ils restent vagues, évoquant les images traditionnelles du voyage. La césure après "sous le ciel" met en valeur cette expression, renforçant l'idée d'une liberté sans limites.

 

3. Le poème dépeint un vagabondage heureux et insouciant, dominé par la joie de l'absence de but et de contrainte. Le voyageur semble se fondre dans la nature, illustrant une harmonie parfaite entre l'homme et son environnement.

 

II. Le voyage, inséparable de la poésie

 

1. Dès le titre, "Ma Bohème", Rimbaud s'identifie comme voyageur et poète, individualisant son expérience. Le terme "bohème" fait référence aux milieux littéraires, et le champ lexical de la poésie est omniprésent ("Petit Poucet rêveur", "Muse").

 

2. La poésie est présentée comme l'activité principale du voyageur, avec des termes tels que "rime" et "rimant", soulignant l'action en cours. L'association des "lyres" et de l'élasticité symbolise la flexibilité créative du poète. Rimbaud se décrit comme "féal" à une muse inspiratrice, révélant ainsi la jeunesse et l'enthousiasme du poète.

 

3. Le poème transforme le voyage en une expérience poétique, où Rimbaud passe de "féal" à "Petit Poucet", utilisant l'autodérision et un portrait de lui-même à travers des vêtements troués. Il transcende le matériel pour métamorphoser les lieux concrets en espaces magiques, et utilise le thème stellaire ("Mes étoiles") pour métaphoriser les étoiles comme des présences féminines.

 

III. Raisons du rapprochement voyage-poésie

 

1. La poésie et le voyage sont des moyens d'accéder à des mondes nouveaux, comme l'illustrent les "ombres fantastiques" et les sensations variées évoquées par le poète.

 

2. La poésie et le voyage sont synonymes de liberté et de création. Le poème, bien qu'étant un sonnet, rompt avec les contraintes traditionnelles, mélangeant les registres lexicaux et utilisant des ruptures dans les alexandrins. L'expression "Oh ! là là !" reflète l'amusement de Rimbaud face à cette liberté.

 

Conclusion

 

"Ma Bohème" d'Arthur Rimbaud est un poème qui annonce les orientations futures du poète. Ce voyage initiatique, qui s'écarte des règles de la poésie traditionnelle, symbolise la quête de liberté et d'innovation qui caractérisera l'œuvre de Rimbaud.


Ecrit par Rimbaud à l'âge de 16 ans, Ma Bohème évoque une ou plusieurs de ses fugues. Il veut fuir un milieu étouffant et le conformisme. Il s'agit d'un sonnet léger de formes traditionnelles, pleines de fantaisies, de jeunesse qui illustrent bien les errances adolescentes de Rimbaud. 

I) Images du voyage

a) Le titre évoque un voyage sans itinéraire précis donc une errance selon le hasard et la fantaisie

b) L'expression du déplacement 

Elle se fait par les verbes: au vers 1"Je m'en allais" : sans précision du lieu. Le temps est l'imparfait à valeur durative. Des lieux sont cependant indiqués "sous le ciel", "mon auberge", "au bord des routes" : images traditionnelles du voyage même si ces indications sont vagues. Mise en valeur de "sous le ciel" avec la césure.

c) Vagabondage heureux et insouciant qui domine le poème avec une idée de joie puisque ce voyage n'a aucun but, aucune contrainte donc insouciance du voyageur. Il semble privilégier le voyage nocturne "Grande Ourse"; on a l'impression qu'il se fond dans la nature.

II) Le voyage, inséparable de la poésie 

 a) Le voyageur est un poète

Dès le titre, nous observons "Ma Bohème"> Il est question de sa vie et individualise ce voyage. Le mot "bohème" établit un lien avec les milieux littéraires. Champ lexical de la poésie "Petit Poucet rêveur", "Muse".

b) La poésie, passe-temps du voyageur

Champ lexical "rime" mis en valeur par l'enjambement, "rimant" participe présent donc l'action est en train de se faire. La poésie est l'activité essentielle du jeune voyageur.

Association "lyres" - "élastiques" qui représentent des cordes. "lyres", instrument qui symbolise le poète. Le voyageur est soumis à une divinité inspiratrice "j'étais ton féal". Ces images de la poésie révèlent la jeunesse du poète.

c) L'expression poétique du voyage

Rimbaud nous montre que tout est soumis à une métamorphose; d'ailleurs il est d'abord "féal" puis "Petit Poucet" . Autodérision, autoportrait par les vêtements troués : il montre qu'il est au dessus de tout ce qui est matériel et emploie un vocabulaire trivial. Métamorphose des lieux concrets en lieux magiques. Importance du thème stellaire "Mes étoiles". Rimbaud métaphorise les étoiles comme autant de présence féminine "frou-frou".

III) Les raisons du rapprochement voyage-poésie

a)La poésie et le voyage permettent d'accéder à des mondes nouveaux

L'ailleurs "ombres fantastiques". Cela suggère aussi de nombreuses sensations "je les écoutais", "je sentais"

b) Poésie et voyage = liberté et création 

"je m'en allais" : liberté mais aussi caractère illimité et infini de ce voyage. Refus des contraintes poétiques même s'il s'agit d'un sonnet mais beaucoup de liberté par prosodie classique : ton de fantaisie. Mélange de registres lexicaux "culotte" opposé à "idéal"

Beaucoup de ruptures dans les alexandrins + enjambements, rejets. "Oh! là! là!" : amusement de Rimbaud

Conclusion : C’est un poème qui révèle les orientations futures de Rimbaud. Ce voyage initiatique est en dehors des règles de la poésie traditionnelle et préfigure l'expérience du Bateau Ivre

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