Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du monde, explication linéaire, Première partie, scène 1

Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du monde, explication linéaire, Première partie, scène 1,  Du début de la scène à « Vous vivez d’une drôle de manière »

Introduction

Pour préparer votre bac de français, il est essentiel de se familiariser avec des œuvres de dramaturges contemporains tels que Jean-Luc Lagarce (1957-1995). Connu pour son approche autobiographique et ses thèmes tels que la famille, l'amour et l'amitié, Lagarce offre une profondeur de contenu pour les étudiants qui cherchent à approfondir leur compréhension du théâtre moderne. 

 

Une de ses pièces les plus célèbres, Juste la fin du monde, publiée en 1990, explore le thème de la crise personnelle et de la crise familiale à travers le personnage de Louis. Dans cette œuvre, Louis, le fils prodigue, revient dans sa famille après une longue absence. Nous allons étudier une scène clé de cette pièce, une scène de retrouvailles qui sert également de scène d'exposition.

 

La question cruciale que nous devons nous poser lors de l'examen de cette scène est la suivante : comment cette scène d'exposition nous montre-t-elle à la fois les liens qui unissent les différents personnages et le fait que ces liens sont irrémédiablement abîmés par l'absence de Louis ?

 

Pour répondre à cette question, nous diviserons notre analyse en deux parties principales. D'abord, nous examinerons les présentations de Louis et de Catherine (lignes 1 à 17), qui établissent la dynamique de base entre les personnages. Ensuite, nous nous tournerons vers les commentaires de Suzanne sur le sens que peuvent revêtir ici les convenances sociales (lignes 18 à 43), qui offrent un aperçu plus profond des tensions qui existent au sein de cette famille réunie. En préparant votre bac de français avec une telle analyse, vous pouvez non seulement vous familiariser avec l'œuvre de Lagarce, mais aussi développer une compréhension plus nuancée des thèmes de la crise personnelle et de la crise familiale dans la littérature contemporaine.

I. Des retrouvailles (Louis et les siens) et des présentations (Catherine et Louis) – l. 1 à 17

L'extrait que nous étudions présente une scène de retrouvailles. Cependant, malgré la banalité apparente de la situation – la présentation d'une belle-sœur – la scène est chargée de tension. En effet, toute la famille attend Louis, créant une atmosphère de nervosité. Cette tension est encore amplifiée par la répétition du prénom de Catherine, conférant à la scène un caractère presque absurde.

 

Un élément perturbateur intervient avec Antoine, le frère cadet, qui porte un regard péjoratif sur Suzanne, la comparant à un épagneul. Ce commentaire dédaigneux révèle les tensions sous-jacentes et la rivalité qui minent les relations familiales. Il préfigure également le comportement d'Antoine envers Louis plus tard dans la pièce.

 

Par ailleurs, les personnages semblent découvrir des informations qu'ils connaissent déjà : la mère s'étonne que Louis et Catherine ne se connaissent pas, avant de reconnaître qu'elle le savait très bien. Ce déni et cette feinte surprise renforcent le caractère absurde de la situation. On peut ici voir une possible influence du théâtre de l'absurde, en particulier de la pièce "La Cantatrice chauve" de Ionesco, que Lagarce a lui-même mis en scène.

 

Un paradoxe se dégage de la scène : bien que Louis soit l'objet de tous les discours et de toutes les attentions, il semble pratiquement exclu de la scène. Il est à la fois le centre de l'attention et marginalisé.

 

En conclusion, cette scène de retrouvailles se déroule dans un climat lourd et tendu. Malgré cela, tous les personnages font bonne figure, comme si tout allait bien, reflétant ainsi un comportement de déni face aux tensions évidentes.

II. Suzanne commente le sens que peuvent ici revêtir les convenances – l. 18 à 43

Dans cet extrait, l'absurdité qui a marqué la première partie de la scène semble imprégner toutes les formes de salutations possibles. Suzanne s'étonne de voir Catherine et Louis se saluer comme des "étrangers", alors que c'est exactement ce qu'ils sont. Cette discussion tourne autour des codes de politesse, mettant en lumière leur aspect absurde : s'embrasser lorsqu'on ne se connaît pas est absurde, tout comme se serrer la main, qui pourrait démontrer une froideur excessive.

 

Suzanne semble alors vouloir prendre le contrôle de la scène. Non seulement elle intervient comme une commentatrice, mais elle semble aussi mettre en scène cette rencontre, répétant sans cesse l'expression "se serrer la main". Antoine, quant à lui, maintient sa position critique, soulignant l'inutilité des justifications.

 

Lorsque Louis prend enfin la parole, il semble mal à l'aise et tente de rattraper la situation. Il apparaît, comme il le dit lui-même dans le prologue, comme un homme posé, voire comme un homme déjà absent alors qu'il vient à peine d'arriver. La mère, quant à elle, ne peut s'empêcher de juger la façon dont vivent ses enfants.

 

Ce début de scène semble davantage jouer avec la fonction phatique du langage (s'assurer que la communication est possible) qu'avec la mise en place d'un véritable échange. Par conséquent, il ne remplit pas les fonctions canoniques d'une exposition. Ici, le réalisme de la scène et le théâtre de l'absurde se télescopent, comme pour mieux illustrer le caractère dérisoire des conventions sociales et surtout leur incapacité à maintenir une apparence de normalité dans une famille en crise. En définitive, cette scène expose une série de tensions et de malentendus, reflétant le malaise et l'incompréhension au sein de la famille.

CONCLUSION

Dans le cadre de votre préparation au bac de français, cette introduction soulève des interrogations essentielles. Qu'est-ce que cela signifie de "se retrouver" ? Comment y parvenir de manière authentique, en particulier après une longue absence ? Elle expose principalement les défis de la communication qui apparaissent dès l'entrée de Louis, entravant toutes les tentatives d'engager une véritable communication avec l'autre.

 

Ce texte se situe donc au cœur de notre parcours d'étude, mettant en évidence la crise personnelle et familiale qui se traduit par une crise du langage. Le théâtre de Lagarce illustre cette crise de manière claire et dramatique, en mettant la situation en scène. Cela pourrait bien être le véritable sujet de la pièce et ce qui lui donne sa singularité.

 

Dans la perspective du bac de français, il est important de comprendre comment les thèmes de la crise personnelle et familiale sont explorés à travers les défis de la communication. Les élèves peuvent réfléchir à la manière dont le théâtre permet de représenter ces défis, tout en explorant les techniques uniques utilisées par Lagarce pour mettre en lumière ces crises.

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