Analyse du poème « La Chanson du Mal-Aimé » d'Apollinaire

Analyse du poème « La Chanson du Mal-Aimé » d'Apollinaire

Dans "La Chanson du mal aimé", extrait de son recueil "Alcools" publié en 1913, Guillaume Apollinaire explore avec une sensibilité aiguë les méandres de l'amour malheureux. Ce poème, qui reflète les différentes périodes de création de l'auteur, se distingue par son mélange d'optimisme et de pessimisme, et par son alternance de longueurs variées. Le titre lui-même, "La Chanson du mal aimé", est frappant par son néologisme, évoquant un amour non partagé, et place le poème sous le signe de la mélancolie. Apollinaire y narre ses déboires amoureux avec Annie Playden, une histoire marquée par l'échec et la déception.

 

Le récit s'ancre dans un cadre urbain, oscillant entre réalisme et onirisme. La ville de Londres, où Apollinaire a suivi Annie, est dépeinte avec ses éléments caractéristiques : les "briques rouges" typiques des maisons londoniennes, la "demie brume" évoquant le mois de septembre, et la taverne de la femme saoule succédant au mauvais garçon. Ces éléments créent une atmosphère urbaine nocturne, où rêve et réalité se confondent, offrant une vision originale et moderne de l'amour.

 

Le poème déroule l'histoire d'un échec amoureux, utilisant des verbes au passé pour souligner le temps révolu de l'histoire. Apollinaire se prépare à son propre échec, évoquant la femme aimée et le voyou, et créant un parallèle entre ces deux figures. Cette association traduit sa rancœur envers les femmes, perçues comme traîtresses et indifférentes, ce qui provoque sa "honte". L'image de la femme saoule renforce cette vision désabusée de l'amour, où la femme est perçue comme facile et décevante. Apollinaire exprime sa souffrance de manière modérée, masquant sa douleur derrière des raisonnements absurdes et des termes crus, évitant ainsi tout épanchement sentimental excessif.

 

La structure du poème, avec son irrégularité rythmique et ses rimes discordantes, reflète la douleur du poète. Les octosyllabes réguliers symbolisent cette souffrance, tandis que l'alternance entre récit et discours, notamment avec l'épisode biblique, permet d'éviter les états d'âme trop appuyés.

 

En conclusion, "La Chanson du mal aimé" est un poème où Apollinaire, tout en évoquant discrètement un épisode douloureux de sa vie sentimentale, exprime un sentiment accablé et désabusé envers la femme et l'amour. Ses échecs amoureux lui permettent de renouveler le lyrisme traditionnel, en humanisant la figure du poète lyrique. Apollinaire se dépeint non comme un être supérieur, mais comme un simple mal aimé, errant dans les rues à la recherche de son amour perdu. Les éléments quotidiens de la ville deviennent ainsi le cœur même de sa poésie, transformant la réalité quotidienne en un objet poétique riche et profond.


Le poème « La Chanson du Mal-Aimé » d'Apollinaire est ancré dans un cadre urbain réaliste et aux frontières du réel. L'évocation de la ville de Londres, des maisons de briques rouges, du vagabondage, et des personnages inquiétants créent une atmosphère surprenante, peu traditionnelle pour évoquer l'amour, qui est le thème principal du poème. Cependant, cette transposition d'une réalité quotidienne dans un univers de poésie est l'un des aspects originaux et modernes du poème.

Le récit est raconté au passé, et il s'apparente tout à fait au voyage d'Apollinaire en Grande-Bretagne. Il nous prépare d'emblée à son échec amoureux avec l'évocation de la femme aimée et du voyou, rapprochement des deux termes par le son « ou » et l'enjambement. Cette similitude entre femme aimée et voyou traduit la rancœur à l'égard des femmes, un sentiment d'être trahi et roulé, comme on pourrait l'être par un mauvais garçon, indifférent, ce qui provoque sa « honte ». À cela s'ajoute l'image de la femme saoule, apparentée à la femme facile, qui renforce cette image désabusée de la femme et de l'amour.

Le thème de la poésie de l'amant qui aime mais qui n'est pas aimé est repris tout au long du poème. Cette mise en parallèle femme aimée/voyou se poursuit dans la deuxième strophe avec l'épisode biblique : le voyou est comparé aux Hébreux et Apollinaire au Pharaon. Une souffrance est exprimée, mais avec modération. Apollinaire cache sa souffrance à travers des raisonnements par l'absurde. Il se met ainsi en retrait par rapport à ce qu'il dit et sa douleur. Sa douleur est d'autant plus discrète grâce à l'utilisation de termes crus comme « plaies » et « sang », qui, avec la répétition des sons « on » et « au », et l'allitération de « f », s'ajoutent à la situation dramatique de cette femme saoule.

Cette femme lui fait voir la « fausseté de l'amour », puisque « son amour n'est qu'une fille des rues ». Pourtant, cette femme, il l'a aimée « sincèrement ». La souffrance d'Apollinaire se fait discrète, sans avoir recours à des thèmes propres à l'expression de sentiments. L'alternance récit/discours évite les épanchements et les états d'âme. Cette façon de s'exprimer correspond à une chanson avec l'irrégularité des rimes et les notes discordantes pour symboliser la douleur.

En conclusion, dans ce début de poème, Apollinaire, tout en retraçant de façon discrète un épisode douloureux de sa vie sentimentale, rend compte d'un sentiment accablé et désabusé de la femme, de l'amour, un des thèmes constants de son œuvre. Ses échecs amoureux fournissent à Apollinaire un lyrisme neuf et personnel qui humanise la tradition lyrique du XIVème siècle.

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