Analyse de El Desdichado de Nerval

Analyse de El Desdichado de Nerval

Introduction

 

"Les Chimères" de Gérard de Nerval, publiées dans son recueil "Les Filles du Feu" en 1854, représentent un ensemble de douze sonnets qui allient l'inspiration romantique à des éléments précurseurs du symbolisme. Ces poèmes explorent les thèmes récurrents des amours perdus, des mythes, des légendes et d'une quête introspective profonde. Dans ce contexte, le sonnet "Intarissablement" se distingue par son exploration angoissée de la condition humaine.

 

I. Un état caractérisé par le manque

 

a) Le manque de bonheur

 

Le poème est imprégné d'un sentiment profond de mélancolie et de malheur, matérialisé par un champ lexical associé à la souffrance et à l'absence de consolation. Les termes "inconsolé", "consolé" et "désolé" se rapportent tous à la racine latine "solor", qui signifie apporter un soulagement. Cette absence de bonheur est renforcée par la référence à la mélancolie, un terme qui évoque le célèbre tableau de Dürer et qui symbolise la tristesse profonde. Le titre "déshérité" souligne ce sentiment de perte et de vide. Le passage du "lui" au "je" marque une évolution du poème de l'observation extérieure vers l'expression personnelle du malheur.

 

b) Le manque d'amour

 

Le sonnet exprime également un sentiment d'isolement amoureux, illustré par la mort de l'actrice aimée et la solitude du "veuf". Cette solitude est accentuée par les références aux figures historiques et mythologiques associées à l'amour malheureux, comme Orphée et des personnages historiques tels que Biron et Lusignan. Ces références créent des images d'amours tragiques et inaccomplies.

 

c) Le manque de vie

 

Le poème aborde aussi la thématique de la mort, avec des références ambiguës quant à la frontière entre la vie et la mort. Le vers "j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron" suggère une communication avec le monde des morts, et la perte précoce de la mère du poète est évoquée à travers une atmosphère sombre et des sonorités assourdies.

 

II. L'obsession du passé

 

Le sonnet de Nerval est imprégné d'une fascination pour le passé, mêlant mythologie, histoire et Moyen-Âge. Cette confusion temporelle est manifeste dans l'assimilation du poète à des héros mythologiques et historiques. Le mélange des temps verbaux ("je suis", "j'ai rêvé") reflète une errance entre passé et présent, soulignant la difficulté du poète à se situer dans le temps.

 

Les lieux évoqués dans le poème renvoient également à des espaces mythiques ou historiques, comme la grotte, la sirène et l'Achéron. Ces références contribuent à créer une atmosphère de rêverie et de réminiscence. Les assonances en "i" apportent une touche de luminosité au texte, contrastant avec les thèmes plus sombres.

 

Les échos sonores du poème, notamment les rimes féminines et les jeux de sonorités internes, créent une impression de résonance et de dédoublement. Le rythme ternaire des alexandrins ajoute à cette sensation d'instabilité et de mouvement.

 

III. La quête d'une personnalité

 

Le poème traduit une crise d'identité, marquée par la question "suis-je". Cette interrogation sur l'identité conduit à une impression de vide existentiel. Nerval décrit sa perte d'identité à travers des images de lieux fermés et sombres, tels que la "nuit du tombeau" et la "grotte". Vers la fin du sonnet, cependant, le poète commence à retrouver une forme de stabilité, se voyant comme l'élu de la reine et faisant allusion à la nouvelle des "Filles du Feu". Le passage de l'ombre à la lumière est symbolisé par des sonorités plus claires et un rythme de poème plus régulier.

 

Conclusion

 

"Intarissablement" exprime une renaissance à travers la souffrance et la quête d'identité. Nerval, plongé dans son malheur et sa folie, semble d'abord avoir perdu son identité, mais au fil du poème, il retrouve progressivement la lumière et l'espoir. Ce sonnet est donc un témoignage poignant de la lutte intérieure du poète pour retrouver son sens de soi et sa place dans le monde.

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