Analyse de A la musique de Rimbaud
🎼 Introduction
Arthur Rimbaud, jeune prodige du XIXe siècle, compose Les Cahiers de Douai à seulement 16 ans, en pleine effervescence romantique et républicaine. Dans
« À la musique », il observe une scène triviale dans un jardin public de Charleville, où se rassemble la bourgeoisie locale pour écouter un
orchestre militaire.
À travers une écriture à la fois ironique, satirique et sensuelle, Rimbaud dénonce l’hypocrisie des bourgeois et affirme en contrepoint une
jeunesse libre, vivante, brûlante de désirs simples.
🔍 Analyse linéaire
đźź© Mouvement 1 : Une critique de la bourgeoisie (6 premiers quatrains)
Dès le premier vers, Rimbaud pose le décor avec ironie :
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« Mesquines pelouses » → hypallage : ce ne sont pas les pelouses qui sont mesquines, mais bien les gens qui les occupent → critique implicite, humour acide.
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« Tout est correct » → connotation péjorative : le « correct » est ici synonyme de fade, figé, sans vie → monde bourgeois sclérosé.
Les personnages apparaissent :
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« Les bourgeois poussifs qu’étranglent les chaleurs » → allitération en [s] qui accentue la pesanteur → caricature d’une classe étouffante et grotesque.
La musique censée animer le jardin est elle-même militaire et lourde :
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« L’orchestre militaire », « balance ses schakos » → vocabulaire prosaïque, familièrement militaire → musique bruyante, sans raffinement, à l’image du public qui l’écoute.
Les figures sociales sont tournées en dérision :
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« Le notaire pend à ses breloques à chiffres » → métonymie de l’argent → le notaire devient l’esclave de ses possessions.
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« Rentiers à lorgnons » → caricature visuelle du bourgeois pingre et méprisant → hypocrisie, prétention et ridicule.
Rimbaud poursuit en dépeignant la bourgeoisie comme un monde gras et vulgaire :
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« Gros bureaux bouffis », « grosses dames », « bedaine flamande » → répétition du champ lexical du poids, de l’excès, image d’un monde replié sur lui-même.
Les femmes aussi sont visées :
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« Volants ont des airs de réclames » → elles s’exposent comme des objets de consommation.
La dimension satirique est renforcée par des discours directs ridicules :
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« Vous savez, c’est de la contrebande » → ces bourgeois jouent aux malins, mais restent ridicules dans leur tentative d’être originaux.
L’adverbe final « Très naïfs », sec, ironique, clôt ce mouvement sur une condamnation sans appel : Rimbaud juge cette bourgeoisie étriquée, prétentieuse, creuse.
🟥 Mouvement 2 : Une vision de la vie libre et sensuelle (3 derniers quatrains)
Rupture nette au vers 25 avec l’apparition du pronom « Moi » :
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Rimbaud quitte le regard extérieur pour se placer au cœur du poème, et proposer sa propre vision.
Il se présente avec simplicité :
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« débraillé comme un étudiant » → tenue négligée, authenticité, refus des codes sociaux.
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Le regard des bourgeois sur lui : « leurs yeux tout pleins de choses indiscrètes » → il est objet de mépris ou de condescendance, mais il s’en amuse ou s’en moque.
Puis il évoque les jeunes filles avec une sensualité directe :
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« La chair de leurs cous blancs », « sous le corsage », « bottine, le bas » → regard sensuel mais jamais vulgaire, émancipé des codes de la bienséance.
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« Brûlé de belles fièvres » → métaphore des désirs adolescents, des émotions sincères.
Il n’y a pas de perversion, seulement l’honnêteté du désir :
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« Elles me trouvent drôle », « je sens les baisers qui me viennent aux lèvres » → jeu de séduction simple, spontané, naturel.
👉 Rimbaud s’oppose au monde figé et hypocrite des bourgeois : il revendique la légèreté de l’instant, l’intensité du corps, la simplicité du regard amoureux.
âś… Conclusion
Dans « À la musique », Rimbaud orchestre une satire féroce de la bourgeoisie locale à travers le
grotesque, le ridicule, et la moquerie sociale.
Mais plus encore, il affirme un idéal poétique et une philosophie de vie fondée sur :
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la jeunesse,
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la liberté,
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la sensualité honnête,
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et le refus des conventions.
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Il ne se contente pas de critiquer : il propose un autre monde — le sien, peuplé de regards, de rires, de sensations brûlantes.
Dans « à la musique », Rimbaud s’attaque à sa ville natale qu’il considère comme étant « supérieurement idiote » comme il l’écrit dans une lettre. Rimbaud caricature ses modèles puis, à partir de la septième strophe s’oppose à eux. Le jeune poète fait ici une peinture satirique et féroce de la bourgeoisie de province. Et avec cette satire de la bourgeoisie, Rimbaud participe à un exercice de style à la mode, popularisée dans l’art par le caricaturiste Daumier.
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I) Une scène de genre
1) Un lieu et un moment prĂ©cisÂ
De nombreux indicateurs de lieu et de moment : « place de la gare à Charleville », « les jeudis soirs », c’est une habitude qui fait référence à la vie quotidienne.
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2) Des personnages bien caractérisés
Les personnages sont catégorisés par leur classe sociale, la bourgeoisie.
Les personnages sont désignés par par leur métiers : « rentiers », « bureaux », « épiciers retraités », «pioupiou » ; par leur attitude : « voyous », « gandin » ; par leurs accessoires : « canne à pomme », « lorgnons », « breloques à chiffres » ; par leur silhouette, les gros sont les riches bourgeois.
À partir du vers 21 les personnages décrits sont d’une classe sociale inférieure, différente des bourgeois. Avec la rime « pioupiou », « voyou », le poète s’associe davantage à eux qu’aux bourgeois.
Plus le poème progresse plus on s'éloigne des bourgeois et on se rapproche de personnages plus libres finissant par le poète lui même.
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II) Une satire de la bourgeoisie de provinceÂ
La critique commence dès le 1er quatrain avec les adjectifs dépréciatifs « mesquines », « taillée », « correct » deviennent péjoratifs avec l’adjectif « étriqués » c’est de cette manière très péjorative que le poète décrit sa ville natale.
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1) Des physiques repoussantsÂ
Tout comme le cadre, la critique des personnages se manifeste très vite « poussif », le signe distinctif des bourgeois c’est l’embonpoint.
Au vers 10 l’adjectif « gros » mentionné deux fois fait redondance avec l’adjectif « bouffi », et une allitération en [B] « gros bureaux bouffis » très peu gracieuse à l’oreille comme l’embonpoint l’est pour l’œil.
Les personnages sont décrits avec une dimension caricaturale, le verbe « traîner » est employé pour montrer la difficulté avec laquelle les bourgeois marchent.
Le mot « cornacs », guides des dames, montre que les « grosses dames » ont besoin d’aide pour marcher. De plus la parure des dames est moquée « aires de réclames », jugées trop racoleuses.
Dans le 5ème quatrain un autre personnage est caractĂ©risĂ© par l’embonpoint. La description dĂ©prĂ©ciative accentue son opulence « bedaine flamande », « Épatant », « rondeur de ses reins ». L’ allitĂ©ration en [r] est dĂ©sagrĂ©able comme ce personnage. De plus il est seul sur « son banc » car il prend toute la place.Â
Le rejet du verbe « déborde » du vers 19 sur le vers 20 montre que le bourgeois lui même déborde du banc.
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2) Des esprits Ă©troitsÂ
Dans ce décor étriqué chaque personnage joue un rôle.
Les rentiers au vers 9, soulignent les fausses notes.
Le bourgeois seul sur son banc au vers 20, se met en avant.
Les discours des épicier retraités : le poète joue sur une polysémie du mot « somme » avec «argent » ce qui montre leur goût pour l’argent. De plus c’est accentué par les signes extérieurs de richesse des bourgeois, hormis leur embonpoint qui est en lui même symbole de richesse :« canne à pomme », « breloques ».
Le rapport entre les bourgeois et la musique est surprenant, leur seule divertissement est un orchestre militaire, une musique peu appréciable. De plus ils n’écoutent pas vraiment ils « soulignent tous les couacs » au vers 9, attitude de connaisseur qui souligne les fausses notes.
Dernière moquerie envers la musique : les « voyous », sont « rendus amoureux par le chant des trombones » vers 21-22 ce qui est difficile à croire.
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III) Le portrait du poèteÂ
1) un être à part, à l’écart des bourgeois
A la différence des bourgeois, le poète est isolé dans les trois dernières strophes.
Il y a une rupture à partir du septième quatrain, le poète est mis en avant : « moi » isolé par une « , » et le « je » omniprésent dans les trois dernières strophes.
Le portrait du poète est construit par opposition à celui des bourgeois puisque les bourgeois sont décrits comme étant immobiles et lents à la différence du poète et des jeunes filles : « alertes », « tournent ». Les Bourgeois sont sérieux et bien habillés tandis que le poète est « débraillé comme un étudiant ». Les bourgeois sont laids et gros: « grosses dames » « traînent » à la différence de la beauté érotisée des « alertes fillettes ». Le chaleur qui étrangle les bourgeois est mise en parallèle avec la fièvre sensuelle du poète « brûlé ». A la caricature féroce des bourgeois s’oppose la tendresse du poète pour les jeunes filles
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2) Un poète voyou et provocateur
Le poète est un être différent en tout point des bourgeois caricaturaux, il fait l’éloge de la sensualité et de la légèreté.
On remarque les qualités propres à la jeunesse que le poète met souvent en avant comme dans « Roman ».
La sensualitĂ© : Ă la fin du poème, on remarque une scène de sĂ©duction Ă©rotisĂ©e, avec la rime « alertes fillettes », « leurs yeux tout pleins de choses indiscrètes » au vers 28, qui laissent le poète « regarder » dans un mouvement descendant suggĂ©rĂ© par l'enjambement « sous le corsage » « le dos divin » vers 31-32, jusqu’en « bas » avec les « … » ce qui suggère très fortement la sensualitĂ©.L’ivresse amoureuse: rime « fièvre » et « lèvres ». Les sens du poète sont ainsi mis en Ă©veil : vue, toucher, ouĂŻe et goĂ»t.Â
La lĂ©gèretĂ© : avec le mouvement, et le champ lexical de la lĂ©gèretĂ©.Â
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Conclusion :Â
Dans « À la musique » , Rimbaud fait une satire cruelle de la bourgeoisie de Charleville et il esquisse son portrait, celui d’un adolescent irrévérencieux et sensuel. Il exploite également
à sa façon l’antagonisme qui régnait entre les artistes et les bourgeois à son époque. Cette détestation de la médiocrité bourgeoise apparaît déjà chez le graveur Daumier et chez Verlaine dans
son poème « Monsieur Prud'homme ».
Introduction
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"À la musique" d'Arthur Rimbaud, écrit lorsqu'il avait 16 ans, se présente comme un tableau satirique incisif, ciblant la bourgeoisie de son époque. Ce poème, à travers une description minutieuse et ironique, dépeint une bourgeoisie provinciale oisive, engoncée dans ses conformismes et ridicules. Rimbaud, connu pour son esprit rebelle et sa poésie expressive, utilise ce poème pour exprimer sa révolte contre les normes sociales établies.
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I - La satire des bourgeois
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Dans "À la musique", Rimbaud brosse un portrait peu flatteur de la bourgeoisie, soulignant son oisiveté, son matérialisme et son conformisme. Le décor lui-même, décrit comme conformiste et étriqué ("mesquines pelouses", "tout est correct"), sert de toile de fond à cette satire. Les objets associés à la bourgeoisie, tels que les "breloques à chiffre", "lorgnons", "volants", "canne à pomme", "prisent en argent" et "onnaing", sont autant de symboles de leur matérialisme et de leur superficialité.
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Rimbaud se moque également de l'aspect physique des bourgeois, les décrivant comme corpulents et paresseux ("poussifs", "qu'étranglent les chaleurs", "gros bureaux bouffis", "grosses dames"), en contraste frappant avec la jeunesse et la vitalité. Leur conformisme est aussi critiqué : ils se préoccupent davantage de leur apparence et de leur statut social que de la musique elle-même, ne remarquant que les "couacs" lors des concerts. Cette médiocrité est soulignée par des expressions telles que "leurs bêtises jalouses" et la description de leur comportement lors des concerts.
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II - L'opposition entre le poète et les bourgeois
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Le poème établit une nette opposition entre Rimbaud et les bourgeois, marquée par l'énonciation et la structure du texte. Les cinq premiers quatrains dépeignent les bourgeois avec le pronom "ils", tandis que le sixième quatrain introduit des personnages plus marginaux ("voyous", "pioupious", "bonnes"), servant de transition avant de présenter le "je" et "elles" (Rimbaud et les fillettes) dans les trois derniers quatrains.
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Cette séparation énonciative renforce l'opposition entre Rimbaud, avec sa révolte et son non-conformisme, et les bourgeois, figés dans leurs habitudes. Rimbaud exprime sa tendresse pour les "alertes fillettes", symboles de liberté et de spontanéité, en contraste avec le conformisme bourgeois. Sa propre tenue "débraillée" et son attirance pour les personnes en marge de la société soulignent davantage cette opposition. Le poème culmine avec une célébration de la sensualité et des plaisirs des sens, en opposition à la rigidité des bourgeois.
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Conclusion
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"À la musique" est un poème qui reflète les préoccupations typiques d'un jeune homme de 16 ans, telles que l'amour et l'opposition au monde qui l'entoure. La caricature du bourgeois, fréquente au XIXe siècle dans la littérature et l'art graphique, est ici habilement exploitée par Rimbaud. Inspiré par les concerts donnés à Charleville et à Mézières au printemps 1870, Rimbaud utilise son expérience personnelle pour alimenter sa vigoureuse satire contre la bourgeoisie de son époque.

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