Analyse de Le Mal de Rimbaud dans Les cahiers de Douai
Etude linéaire
Introduction
Le poème "Le Mal" de Rimbaud, extrait des Cahiers de Douai de 1870, s'inscrit dans un contexte de guerre franco-prussienne. Rimbaud, adolescent révolté, y exprime une critique virulente contre la guerre, la religion et la société. Ce sonnet se divise en trois mouvements : la dénonciation de la guerre, la satire de la religion, et l’évocation d’une nature pure et innocente. Nous allons étudier ce poème selon une progression linéaire.
I) Premier mouvement : La description de la guerre et son horreur (vers 1 à 6)
Dès le premier vers, Rimbaud plonge le lecteur dans l’horreur du champ de bataille : « Tandis que les crachats rouges de la mitraille / Sifflent tout le jour par l’infini du ciel bleu ». La métaphore « crachats rouges » est violente et triviale. Le mot "crachat", vulgaire, évoque quelque chose de sale et rejeté. Associé à la couleur rouge, il renvoie immédiatement au sang. Cela montre que la guerre est non seulement sanglante mais aussi profondément dégradante.
Le contraste avec « l’infini du ciel bleu » crée une antithèse frappante entre la beauté de la nature et la violence humaine. Cette juxtaposition insiste sur l’absurdité de la guerre dans un cadre qui devrait inspirer la paix.
L’enjambement entre les deux premiers vers mime la trajectoire du projectile, soulignant l’intensité de la scène. Les sons agressifs renforcent cette impression : allitérations en « r » (« crachat », « raille », « croulent ») et en « f » (« infini », « feu », « fumant »).
Le vers 4 accentue l’image d’un carnage massif : « Croulent les bataillons en masse dans le feu ». Le verbe « croulent » déshumanise les soldats, les réduisant à une masse indistincte qui s'effondre sous la mitraille.
Au vers 6, Rimbaud écrit : « Et fait de cent milliers d’hommes un tas fumant ». L’expression est glaçante. Il ne reste des soldats qu’un « tas » – mot dévalorisant – et « fumant » indique une carbonisation, une image de destruction absolue. Le verbe « faire » est utilisé à contresens : ici, il ne crée pas la vie, mais la mort.
II) Deuxième mouvement : La souffrance des mères et l’indifférence de Dieu (vers 7 à 14)
Au vers 7, un nouveau plan s’ouvre : « Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie, / Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !... ». La nature est évoquée brièvement mais puissamment, dans une apostrophe lyrique. La majuscule à "Nature" en fait presque une divinité. L'expression « qui fis ces hommes saintement » loue la nature comme créatrice de la vie, à l’opposé de Dieu qui laisse faire la guerre.
L’image des morts étendus dans l’herbe durant l’été choque par son contraste : la nature est joyeuse, mais elle est souillée par les cadavres. Cela renforce l’idée de l’absurdité de la guerre.
À partir du vers 9, Rimbaud attaque Dieu directement : « Il est un Dieu qui rit aux nappes damassées / Des autels, à l’encens, aux grands calices d’or ». Le poète décrit un Dieu complice, qui se délecte du luxe et des rituels de l’église alors que les hommes meurent. Le mot « rit » évoque la moquerie, voire le mépris.
La richesse du champ lexical religieux (« nappes damassées », « encens », « calices d’or ») contraste violemment avec la pauvreté des mères décrites ensuite.
Le vers 11 poursuit la critique : « Qui dans le bercement des hosannah s’endort ». Dieu est ici indifférent, presque paresseux. Il dort bercé par les chants religieux tandis que des mères pleurent leurs fils.
Les trois derniers vers donnent la parole indirectement à ces mères : « Et se réveille, quand des mères, ramassées / Dans l’angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir, / Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir ! ». Le mot « ramassées », en rejet, insiste sur leur douleur, leur posture repliée sur elle-même.
L’image du « gros sou » est d’une ironie tragique : c’est tout ce qu’elles possèdent, un don dérisoire et touchant, mais Dieu n’intervient que pour cela. Le « vieux bonnet noir » symbolise le deuil et la misère. Le point d’exclamation final accentue l’indignation de Rimbaud face à cette injustice.
Conclusion
Ce poème de Rimbaud dénonce avec force l’horreur de la guerre, la complicité silencieuse de la religion et l’hypocrisie sociale. La nature, seule, reste un espace de vérité et de pureté. Dans ce texte engagé, Rimbaud oppose la beauté du monde naturel à la laideur des actions humaines. Dieu devient le Mal, non parce qu’il agit, mais parce qu’il regarde sans rien faire.
Commentaire composé
Au XIXème siècle la France est en guerre contre la Prusse, ce qui fait des milliers de morts. Rimbaud, pour dénoncer cette monstruosité, écrit le poème intitulé “Le Mal” en 1870.
Nous allons donc montrer, comment Rimbaud dénonce la guerre et la religion tout en faisant par contraste un éloge de la nature. Pour cela, nous allons tout d’abord voir comment, à travers son poème, il fait une dénonciation de cette guerre et ensuite de la religion catholique, pour enfin les opposer à la nature, harmonieuse.
I) Une critique de la guerre
On remarque que les quatrains forment une unité thématique autour de l’opposition entre la guerre et l’harmonie de la nature.
"Tandis que les crachats rouges de la mitraille Sifflent tout le jour par l'infini du ciel bleu " : Allitération en [r] qui donne un bruit peu harmonieux et une assonance en [i] ; Personnification de la mitraille avec “crachats rouges”, elle crache du sang , “sifflent” pour exprimer la souffrance, qui fait penser à un serpent qui siffle.
"Qu'écarlates ou verts, près du Roi qui les raille, Croulent les bataillons en masse dans le feu" : “écarlates ou verts” pour les uniformes des soldats déshumanisés, allitération en [r], le poète dénonce le roi qui rit des soldats qui vont se faire tuer alors qu’il est en sécurité dans son palais ; le verbe “croulent” donne une sensation d’effondrement, les soldats s’écroulent.
"Tandis qu'une folie épouvantable broie Et fait de cent milliers d'hommes un tas fumant " : déshumanisation des soldats qui deviennent un “tas” ; personnification de la guerre “folie épouvantable”, “broie”.
Les rimes croisées soulignent le conflit et l’opposition que le poète fait entre la guerre et l’harmonie de la nature. L’alternance de rimes féminines et masculines accentue ce contraste.
Le poète a voulu souligner le chaos de la Guerre en mettant du chaos dans son sonnet, on remarque que les césures ne sont pas faites à l'hémistiche ce qui provoque un rythme désordonné. On dirait que rythme du poème est calé sur la respiration haletante d’une personne qui sanglote.
II) Une critique de la religion catholique
Les tercets forment une unité thématique autour de l’opposition de la religion catholique et de la nature.
"Il est un Dieu qui rit aux nappes damassées Des autels, à l'encens, aux grands calices d'or": Il critique la religion catholique, il la juge vénale et cupide. Champ lexical du luxe avec “nappes damassées”, “grands calices d’or” ; le pluriel dans ce vers s’oppose au singulier du dernier vers.
"Qui dans le bercement des hosannah s'endort," : Le poète reproche au Dieu des catholiques de ne rien faire contre la guerre et d’être passif.
"Et se réveille, quand des mères, ramassées Dans l'angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir," : Rimbaud dit que le Dieu des catholiques ne se réveille que lorsqu’on lui donne de l’argent, et les mères sont déjà en deuil de leurs fils partis trop tôt.
"Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !" : Selon Rimbaud, s’acquitter de la dîme serait le seul moyen de s’attirer les faveurs de Dieu.
III) L’éloge de la nature
"Tandis que les crachats rouges de la mitraille Sifflent tout le jour par l'infini du ciel bleu": le “ciel bleu” de la nature qui symbolise l’harmonie est tâché par les crachats de sang de la mitraille ; “infini” la nature reste parfaite malgré la guerre.
"- Pauvres morts ! dans l'été, dans l'herbe, dans ta joie Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !… – ": “pauvres morts” c’est pathétique, le poète s’exclame et parle à la nature, il met des tirets pour s’adresser directement à la nature divinisée. Ce vers marque la différence entre la guerre qui sème le chaos et l’harmonie de la nature, toujours magnifique. “dans l'été, dans l'herbe, dans ta joie,” souligne le contraste entre la nature, qui est montrée sous son meilleur jour, et la guerre.
Ainsi, on constate que le poète, amoureux de l’harmonie de la nature, lui oppose la guerre et la religion pour mieux montrer les atrocités qu’engendrent celles-ci. Il nous livre un sonnet où règne le chaos dans le rythme et la versification, pour mieux toucher le lecteur et le convaincre. Rimbaud reprend cette même thématique dans son sonnet “Le Dormeur du Val”.
Synthèse
Ce poème est sonné classique composé de deux quatrains et deux tercets. Les deux quatrains sont consacrés à la guerre les sonnets à Dieu. Il est cependant composé d'une seule phrase, ce qui montre la volonté d’unité. On remarque une opposition fondamentale des couleurs : le rouge de la guerre, le noir et l’or de l'église opposés au bleu du ciel. Comme dans le poèmes le dormeur du val, Rimbaud créer une opposition entre l'horreur de la guerre et la beauté paisible de la nature. L'homme a donc un comportement contre nature, puisqu'il détruit l’harmonie. Le mot «crachat» souligne bien le mépris de Rimbaud pour la violence. Les hommes sont montrés ici comme des soldats de plomb, ils perdent toute individualité. Les sensations auditives évoquées sont négatives avec le sifflement de la mitraille, le rire sarcastique du Roi auquel fait écho le rire de Dieu. Ainsi le poète juge que Dieu est coupable de ne pas intervenir pour arrêter la guerre et de dormir de son sommeil paisible. Le mal porterait donc pour Rimbaud deux visages : le visage des hommes qui se font la guerre mais aussi le visage de Dieu qui les laisse faire. Rimbaud présente dieu comme avide de louanges et d’or. Pour lui le véritable créateur des hommes est la nature, elle-même souillée par la guerre, ce que soulignent les nombreuses altérations en [r] qui évoquent la douleur.

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